En Belgique, le poker est considéré comme un jeu d’argent et de hasard qui reste interdit par la loi. Il ne peut être pratiqué que dans les casinos. © r. sullivan/afp. Contrairement à ce que beaucoup pensent, le poker reste un jeu de hasard interdit par la loi belge. Le tribunal de Namur vient de le rappeler par un premier jugement sur la question en condamnant les organisateurs d’un tournoi. Les peines infligées restent cependant symboliques. Le 6 juin dernier, dans la soirée, trente policiers en armes avaient spectaculairement investi la salle « La Bourguignonne », à Wartet (Namur), où se tenait une discrète soirée poker réunissant trois douzaines de joueurs. Ils y avaient confisqué tout l’argent qui se trouvait aussi bien dans les poches que sur les tables, soit un total de 2.899 euros. Ils avaient aussi emporté tout le matériel.
Patrick Bruel a fait du poker une passion publiquement étalée. Au point que la présidente de l’audience correctionnelle, Mme Matagne, qui avait examiné le dossier le 7 janvier, avait envisagé, en souriant, de le convoquer pour témoigner. Elle y avait renoncé quand les avocats lui avaient expliqué, toujours en clin d’œil, qu’il s’était « cassé la voix » et qu’il ne pourrait donc pas parler.
Pascal, 32 ans, était l’organisateur de la soirée de Wartet. Il n’en était pas à son coup d’essai : « Je ne savais pas que c’était interdit. Je mets aussi sur pied des tournois de belote et de couyon. » Ce soir-là, il y avait d’ailleurs également une tombola qui, quoi qu’en pensent les associations caritatives, est un pur jeu de hasard illégal, même s’il est généralement toléré.
La copine de Pascal, 26 ans, par ailleurs inspectrice de police, donnait un coup de main en expliquant les règles du jeu au micro. Un agent de sécurité de 30 ans avait aidé Pascal à monter le tournoi. Il y avait une dame qui tenait le bar, une belle-mère et une grand-mère qui tartinaient les sandwiches…

"Apologie des casinos"
Le parquet avait requis trois mois de prison et des amendes pour les quatre premiers prévenus, tout en rappelant que le poker n’est légal que dans les casinos. Les défenseurs s’étaient étonnés d’entendre le ministère public faire « l’apologie des casinos » et avaient dénoncé la démesure de ces poursuites.
Hier, dans son jugement, Mme Matagne a constaté que Pascal et son ami agent de sécurité se procuraient de substantiels revenus par cette activité. Elle a cependant tenu compte de la « répercussion sociale limitée » de ces pratiques. Elle a condamné Pascal à 5.500 euros d’amende et le coorganisateur à 4.950 euros d’amende, dans les deux cas avec sursis de deux ans pour la moitié. Trois autres prévenus, dont la policière, bénéficient de la suspension simple du prononcé pour deux ans. Une sixième personne est acquittée.